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RLe dialogue interreligieux est devenu une priorité »
Le cardinal Jean-Louis Tauran, ancien responsable de la diplomatie de Jean-Paul II et qui a accompagné Benoît XVI comme responsable du dialogue interreligieux, revient sur les grands moments du pèlerinage
La Croix : Vous avez accompagné le pape durant ce pèlerinage en Terre sainte. Quel moment vous a le plus marqué ?
Cardinal Jean-Louis Tauran : Le pape priant au Saint-Sépulcre. Jai été très impressionné par cette image de Benoît XVI, pèlerin à genoux qui atteignait le but de son voyage. Il représentait alors toute lhumanité devant cette tombe vide, la tombe qui, a-t-il dit, « nous parle despérance, de lespérance qui ne déçoit pas parce quelle est don de lEsprit de vie ». Cétait très beau de voir la silhouette blanche se détacher dans le cadre obscur, et le contraste que faisaient la lumière et les ténèbres.
Quels sont les acquis de ce voyage dans le domaine des relations islamo-chrétiennes ?
Le pape venait notamment pour le dialogue avec le judaïsme. Mais en fait, il a contribué à améliorer les relations entre les trois grandes religions : judaïsme, christianisme et islam. Cest cela, la grande nouveauté : vouloir ainsi rassembler dans une même réflexion les trois monothéismes.
Benoît XVI a montré les deux domaines où elles peuvent se retrouver : à Amman dabord, autour du rapport entre foi et raison dans le monothéisme, où lhomme se retrouve mis à sa juste place ; puis à Jérusalem, avec le thème de la culture, où les religions peuvent dabord sembler sopposer mais où, en réalité, elles se rejoignent sur le sens du respect et de ladoration pour labsolu, la vérité.
Ainsi, tout croyant cohérent avec sa foi doit enrichir la culture et lui donner forme grâce à cette vérité : « Loin dêtre une menace pour la tolérance vis-à-vis des différences culturelles ou du pluralisme culturel, la vérité rend possible un consensus et permet au débat public de rester rationnel, honnête et solide, elle ouvre enfin le chemin de la paix », a dit le pape.
Quelles perspectives ouvre cette notion de « dialogue interreligieux trilatéral » ?
Benoît XVI a clairement et pédagogiquement montré comment ce dialogue entre les trois monothéismes pouvait être fondé. Dabord première étape parce que nous proclamons et témoignons, comme croyants, que Dieu existe et que nous pouvons le connaître.
Ensuite, avec ce témoignage, nous disons et signifions que nous sommes frères les uns pour les autres et que nous devons nous respecter comme tels.
Enfin, nous obéissons à Dieu et devons construire ces espaces où Dieu nous cherche, des espaces de paix. En cela, nous sommes tous des pèlerins de la vérité. Il est manifeste, avec ce voyage, que le dialogue interreligieux est devenu lune des priorités du pontificat de Benoît XVI.
Quel peut être limpact dune telle visite sur le processus de paix ?
Le pape a rappelé avec précision la position du Saint-Siège, notamment dans son dernier discours, à laéroport de Tel-Aviv. Il a été très ému par le mur de sécurité. Je dois avouer que moi aussi, car je nétais pas revenu en Israël depuis sa construction.
Pour le pape, comme pour le Saint-Siège, il faut promouvoir une paix fondée sur la justice, avec la formation de deux États, et il est indispensable que la communauté internationale sengage pour résoudre ce conflit.
Ce voyage va-t-il faire avancer le processus de paix ?
Vous savez, je dis toujours quau Moyen-Orient, ce qui reste le plus sûr est encore limprévisible. Y a-t-il vraiment une volonté de paix au niveau des gouvernements et des responsables politiques ? On peut sinterroger. Le pape a dit quil avait perçu cette volonté, et des signes de bonne volonté. Je crois que les uns et les autres ont compris quils ne pouvaient être heureux sans les autres, quils ne pouvaient vivre avec ce mur entre eux, au sens propre comme au figuré.
Les chrétiens de Terre sainte ont-ils le sentiment, selon vous, davoir été entendus lors de ce voyage ?
Ils nont pas été oubliés. Eux cependant nous disent quils nont plus besoin de mots, mais de concret. Du concret, cest-à-dire la liberté de mouvement, la liberté de voyager, davoir des visas, des garanties pour les Lieux saints. Ce sont vraiment les points sur lesquels aujourdhui le Saint-Siège doit porter son effort.
Vous étiez aux côtés du pape tout au long de ce voyage. Comment avez-vous le sentiment quil a vécu ce pèlerinage ?
Jai été très impressionné par cette joie spirituelle quil avait à se sentir ainsi ministre de lunité des hommes entre eux. Jai aussi été frappé par la rigueur de son raisonnement, notamment dans le domaine des relations interreligieuses, et enfin par lextrême courtoisie dont il ne se dépare jamais.
Lorsquil y a eu cet incident, lundi soir à Jérusalem, avec un responsable musulman qui a tenu des propos agressifs à lencontre des Israéliens, Benoît XVI na pas perdu son calme et même, à la fin, il a salué lorateur avant de partir
Durant tout ce voyage me sont revenus en tête les mots de Pascal : « Le propre de la puissance est de protéger. » Souvent, affirmer sa force est dabord un signe de faiblesse. Cette phrase de Pascal me semble profondément humaine : la vraie puissance, cest daider les autres à grandir et à sépanouir.
Recueilli par Isabelle de GAULMYN (à Rome)ELIGION
Etre chrétien, cest avoir foi en lautre
LAURENT VILLEMIN
LE VER ÉTAIT DANS LE FRUIT Un christianisme en dégénérescence
de Marie-Abdon Santaner Cerf, 185 p., 17
Plaidoyer pour une foi équilibrée entre intelligence, volonté et affectivité
Comment expliquer que le christianisme na pas réussi à éviter dans des pays de civilisation chrétienne des barbaries telles que les guerres du XXe siècle ou la Shoah ? Cest cette interrogation qui taraude Marie-Abdon Santaner et le met en marche. Il trouve chez le philosophe américain E. Voegelin un embryon de réponse quil va développer : « LÉvangile, quand il devient une doctrine, amène le croyant à se reposer sur une foi qui nest plus la foi chrétienne parce quelle prétend savoir. » Voilà la perversion : passer de la confiance aimante en Dieu à ladhésion à un système doctrinal. Cest une transformation de la nature de la foi chrétienne.
En reparcourant lhistoire des dix derniers siècles, le P. Santaner montre comment la foi chrétienne a donné priorité au rôle de lintelligence dans la vie et dans la culture. Dans cette entreprise, lÉglise navait dautre but que de démontrer la pertinence de la foi chrétienne dans un monde où lintelligence tenait, de fait, une place croissante. On a voulu montrer que la foi chrétienne était crédible, même face aux requêtes des formes les plus exigeantes de la raison. La culture et la familiarité de lauteur permettent un parcours original dans lhistoire du christianisme en montrant ses réussites et ses occasions ratées. Une sorte douvrage dans louvrage : lhistoire engagée du christianisme en soixante pages.
Mais cette démarche a entraîné ce que Santaner nhésite pas à appeler un cancer : une prolifération des cellules qui épuise le corps, en loccurrence une prolifération de laccent mis sur les données de la foi au détriment de lensemble de la démarche du croire. Il convient donc de revenir à un équilibre, selon lui, sous peine de mort. « Croire est une démarche qui implique la participation de lêtre humain dans son entier. Croire est certes le fait de lintelligence qui adopte comme siens les énoncés proposés. Mais croire est aussi et tout autant le fait de la volonté qui sengage dans
Voilà la perversion : passer de la confiance aimante en Dieu à ladhésion à un système doctrinal.
une orientation daction et de vie. Et, enfin, croire est également le fait de laffectivité dont laccord avec lintelligence et la volonté sexprime à travers les arts et la compassion. » Il sagit donc de retrouver dans la foi, mais également dans laction pastorale, cet équilibre vivifiant entre intelligence, volonté et affectivité.
Le propos est dautant plus crédible quil émane de quelquun qui nest ni un pourfendeur du christianisme, ni un jeune antiintellectualiste. Marie-Abdon Santaner a, durant sa longue vie (il est né en 1921), été formateur dans des séminaires, des services nationaux, des diocèses, dans de nombreuses sessions, ainsi que dans lordre capucin dont il est membre. Cest finalement à une veine franciscaine que lauteur appelle à revenir.
Ainsi ne laisse-t-il pas son lecteur désespéré en fin douvrage et lui propose-t-il un chemin de reconstruction autour de ladage : « La foi chrétienne cest, dabord et avant tout, la foi dont Jésus-Christ a cru. » Cette suite du Christ permettra aux chrétiens de « croire en lautre ». La foi nest donc pas dabord croire des choses, mais croire en lautre. « De Jésus-Christ, lhomme apprend que ce chemin passe par une foi en lautre capable de consentir même à la mort. » On comprend alors comment le christianisme peut redevenir un ferment pour nos sociétés et pour le monde en quête de lui-même. Cette uvre dun homme mûr et aguerri par la vie redonne souffle, vigueur et
idées.
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